ARCHIVE Une expérience réussie de protection d’un espace naturel dans un secteur convoité - Le Blog du Foncier

ARCHIVE Une expérience réussie de protection d’un espace naturel dans un secteur convoité

Alors que la vallée de l’Isère était auparavant bordée de zones humides, Montfort est aujourd’hui l’un des derniers marais tourbeux du Grésivaudan.

D’un espace délaissé …

À la fin des années 80, la municipalité de Crolles souhaite mettre en valeur un secteur humide sur lequel l’activité agricole a été abandonnée. Elle projette d’y créer un plan d’eau à vocation piscicole. Le projet, soumis à l’avis des services de l’État est alors rejeté pour ne pas avoir pris en compte la ZNIEFF* qui couvre ce secteur marécageux et qui abrite plusieurs espèces de papillons protégées. A l’époque le dispositif est tout nouveau et c’est là l’un des premiers cas de rejet d’un projet pour non prise en compte d’une ZNIEFF.

À la suite de ce rejet la commune cherche d’autres pistes pour valoriser cet espace. Consciente désormais de la qualité biologique et écologique de la zone, elle se tourne donc vers Avenir, qui deviendra par la suite Conservatoire d’Espaces Naturels (CEN Isère), pour qu’il propose un scénario alternatif pour ce lieu. En parallèle, la municipalité concrétise son projet d’étang piscicole sur une autre partie de la commune. Elle demande également la mise en place d’un arrêté de biotope sur le marais de Montfort, entérinant définitivement l’intérêt de la zone. Il s’étend alors sur 24 ha.

… à une mobilisation des acteurs pour la préservation et la mise en valeur du site …

L’arrêté de biotope édicte des restrictions pour les usages agricoles et forestiers ainsi que les aménagements afin de préserver le milieu et les espèces. A compter de sa publication, les changements d’affectations sont interdits : ce qui était exploité pour l’agriculture continue d’être exploitable, mais aucune surface supplémentaire ne peut être mise en culture.

Pour pouvoir agir sur le périmètre de l’arrêté de biotope, qui n’est qu’un outil de protection, le Conseil général de l’Isère complète le dispositif par la mise en place de son droit de préemption au titre des espaces naturels sensibles (ENS). Il vise ainsi à renforcer la maîtrise foncière publique, garante d’une protection pérenne du site.

La commune, elle, est déjà propriétaire de plusieurs parcelles dans ce secteur et poursuit en parallèle l’animation foncière sur l’espace du marais situé hors de la zone de préemption du Conseil général. À compter du milieu des années 90, les terrains acquis par les deux collectivités sont confiés en gestion écologique au CEN Isère. Dès 1998, le périmètre de l’arrêté de biotope est élargi pour couvrir 104 hectares. Un plan de gestion est réalisé par le CEN Isère et les opérations financées intégralement par le Conseil général, le site étant labellisé ENS départemental.

Aujourd’hui, un espace multifonctionnel aménagé dans le respect des espèces

Sur le plan purement foncier, aujourd’hui seules les parcelles publiques sont gérées par le CEN Isère. Aucune parcelle privée n’est conventionnée mais une animation foncière est menée en ce sens pour contacter les propriétaires qui souhaitent vendre ou signer des conventions de gestion.

Depuis les années 90, un travail considérable a été fait sur le marais. Celui-ci a été en partie restauré et des aménagements ont permis son ouverture au public, conformément aux objectifs de la législation relative aux ENS. Un parcours pédagogique a été créé pour faire découvrir aux visiteurs les espèces rares du marais, en particulier les papillons.

 

Le marais a par ailleurs été intégré dans un projet global d’aménagement pour limiter les crues, conduit par le syndicat des Digues de Bresson à St-Ismier et sert de casier d’inondation. Or, si ce rôle d’écrêteur de crue va dans le sens de la réhumidification du milieu, le marais subit toujours l’effet des anciens drainages réalisés en son sein et ceux existant en périphérie et destinés à « assainir » les terrains agricoles. Un important travail reste donc à faire en ce qui concerne la restauration de son fonctionnement hydrologique, et notamment sur sa partie centrale. Le Conseil général souhaitant que cette partie ne soit plus drainée comme le reste, les exploitants agricoles craignant, si cela se produisait, des inondations de leurs cultures…

L’agriculture est en effet toujours largement présente sur le secteur, très productif grâce à ses terres alluviales. Le rôle des agriculteurs est d’ailleurs primordial dans le marais car la fauche régulière des prairies humides évite au milieu de se refermer ce qui est favorable à la biodiversité. Sans cet entretien le marais se boiserait rapidement.

Néanmoins subsistent des conflits d’usages. Actuellement le département de l’Isère est touché par la chrysomèle des racines du maïs**, qui est apparue à quelques kilomètres de Crolles. Ce coléoptère nuisible fait l’objet d’un arrêté préfectoral de lutte. Or, l’un des deux moyens de lutter contre les larves consiste à traiter chimiquement fortement par épandage aérien, ce qui pourrait nuire aux chenilles des papillons rares présents sur le site …

*ZNIEFF : Zone Naturelle d’Intérêt Écologique Faunistique et Floristique
** Insecte ravageur d’origine américaine apparu récemment en France et considéré comme une espèce invasive

 


Le marais de Montfort

90 ha situés sur la commune de Crolles en Isère, dans le Grésivaudan dont :

  • 43,2 ha en zone d’intervention Espace Naturel Sensible
  • 26 ha classés en zone de préemption ENS par le Conseil Général
  • 10,96 ha acquis par le Conseil général
  • 8,73 ha acquis par la commune de Crolles

Acteurs principaux de la mise en valeur : Conseil général de l’Isère, municipalité de Crolles, Conservatoire d’espaces naturels Isère-AVENIR

Dispositifs de protection en vigueur sur la zone :
ZNIEFF «marais de Crolles»
Arrêté préfectoral de Protection de biotope
Espace Naturel Sensible départemental

 

Archives CEN Espace naturel Marais Mise en valeur Protection

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