Limiter l'artificialisation des sols, un enjeu partagé par tous - Le Blog du Foncier

Limiter l’artificialisation des sols, un enjeu partagé par tous

Raymond VIAL évoque dans cet article l’importance de la question foncière pour les chambres d’agriculture, les actions qu’elles mettent en place pour aider les acteurs locaux à lutter contre l’artificialisation des sols et les enjeux d’avenir sur lesquels citadins et agriculteurs doivent avancer ensemble.

Raymond VIAL est vice-président en charge du foncier de la Chambre régionale d’agriculture, conseiller régional délégué au bois et à la forêt et éleveur dans la Loire.

Comment appréhendez-vous l’artificialisation des sols dans notre région ?

C’est un enjeu important et qui est chez nous multiforme. Auvergne-Rhône-Alpes est une petite France, nous y trouvons toutes les cultures à l’exception de celles liées à la mer. Nous avons aussi des territoires très contrastés : des métropoles, beaucoup d’agglomérations de taille moyenne mais aussi des territoires très ruraux.

En conséquence, la pression, et l’artificialisation, varient énormément entre départements voire même à l’intérieur d’un département. Le Rhône, fortement urbanisé et attractif n’a, par exemple, rien à voir avec le Cantal, profondément rural.

Nous devons tenir compte de cette réalité de terrain pour calibrer au mieux nos interventions faute de quoi nous ne serons pas en mesure de relever les défis de l’artificialisation et de converger vers les objectifs posés par le SRADDET et la stratégie « Eau, Air, Sol » du Préfet de région.

D’autant que l’artificialisation des sols n’est pas le seul enjeu auquel nous sommes confrontés. Il y a aussi le changement climatique qui déstabilise au quotidien nos pratiques et remet en cause notre capacité à nourrir la population. Il faut donc agir vite sur tous les fronts.

Comment la chambre d’agriculture concourt elle à la lutte contre l’artificialisation des sols ? Quelles sont pour vous les interventions prioritaires ?

Nous avons fait le choix d’être très présents auprès des collectivités pour les conseiller et les accompagner dans leurs décisions, le plus en amont possible.

Notre objectif n’est pas d’arrêter la dynamique du monde rural mais de faire en sorte qu’elle ne se fasse pas au détriment de l’agriculture. La crise sanitaire montre clairement que la campagne attire nos concitoyens ; c’est un atout pour nos territoires à condition que l’on évite les erreurs du passé.

Nous militons pour que l’urbanisation se fasse par des opérations d’ensemble, le plus possible sous forme de renouvellement, avec un vrai travail sur la densité, y compris dans les petits villages.  Il faut, en effet, limiter le plus possible le lotissement en extension et surtout la maison en diffus.

Nous devons aussi poursuivre le travail sur la réhabilitation des friches industrielles. Ce sont des sites complexes et couteux à mobiliser ; grâce à IDfriches, initié par le Conseil régional, nous avons l’expertise et les financements nécessaires.

Il va falloir aussi explorer le potentiel de reconversion des zones commerciales. Nous avons des enjeux de vacance qui vont très certainement être accélérés par la Covid. Ces zones commerciales pourraient très bien être nos zones d’activités de demain. Sans compter que de nombreuses zones commerciales ne sont ni équipées ni occupées si ce n’est par l’agriculture à titre précaire.

Nous voyons bien malgré tout que l’urbanisation et les infrastructures continuent à prendre de la terre agricole. Comment la chambre régionale d’agriculture aborde la question des compensations ?

Compensations environnementales et agricoles sont étroitement liées mais traitées de manière disjointe, ce qui est problématique.

 A la Chambre, nous militons pour que la compensation environnementale se fasse prioritairement sur des fonciers déjà artificialisés, qu’ils soient bâtis ou non. Les friches industrielles « hors marché » constituent, à cet égard, un vrai potentiel de renaturation. Il faut que nous puissions explorer cette solution et que l’Etat soit à nos côtés. Clairement, ce sont des sites à forts gains nets de biodiversité.

Quant à la compensation agricole collective, finalement très récente, elle peut à l’évidence nous aider à renforcer nos filières agricoles à condition qu’elle prenne assise sur une stratégie d’ensemble.  Par exemple, nous pouvons très bien envisager de remettre à niveau nos systèmes d’irrigation détruits par l’étalement urbain. Cela permettrait de développer le maraichage sur de nouveaux territoires et d’atténuer les effets de la crise climatique sur ce type de cultures.

La compensation collective agricole peut également venir consolider les circuits de distribution courts. La crise sanitaire a révélé la faiblesse de l’approvisionnement direct de nos villes avec une réelle difficulté des urbains à accéder aux produits locaux alors que nous sommes l’une des premières régions productrices de France. Nous devons remédier à cela.

Y a-t-il d’autres enjeux fonciers qui vous tiennent à cœur ?

L’agriculture urbaine est un enjeu d’avenir. Quelques expérimentations sont menées, notamment dans les métropoles. L’enjeu n’est pas tant alimentaire que pédagogique :  reconcilier le citoyen avec l’agriculture, le sensibiliser à nos pratiques et à nos contraintes. C’est aussi une question de bienêtre et de cadre de vie.

Le développement des énergies alternatives l’est tout autant. Nous voyons bien que nous ne pouvons plus soustraire de grandes emprises foncières agricoles pour développer les centrales photovoltaïques pourtant nécessaires à l’atteinte du mix énergétique. Nous devons donc innover pour favoriser la compatibilité des usages, faire évoluer l’infrastructure photovoltaïque de manière à ce que les cultures et les élevages puissent rester en place.

Enfin, nous devons faire muter nos pratiques culturales pour répondre de manière bien plus importante aux besoins des consommateurs en bio. Cela requiert un changement de vitesse, la possibilité d’expérimenter et d’introduire plus fortement la mécanisation.  Nous y sommes prêts et la future PAC nous y aidera. L’enjeu est de taille !

Propos recueillis par Sybille Thirion, directrice du CERF