Jean-Yves Flochon, président du CERF : «Le choc psychologique de la zéro artificialisation est en passe de s’imposer dans les esprits» - Le Blog du Foncier

Jean-Yves Flochon, président du CERF : «Le choc psychologique de la zéro artificialisation est en passe de s’imposer dans les esprits»

Jean-Yves Flochon est Vice-président du Département de l’Ain délégué à l’aménagement, aux aides aux communes, à l’habitat, à la ruralité et à l’agriculture, Vice-président du Grand Bassin de Bourg-en Bresse et Maire de Ceyzériat

En tant qu’élu (départemental, d’agglomération et maire) que représente pour vous le Zéro Artificialisation Nette des sols ? Une évidence incontournable, une contrainte difficilement surmontable ?

C’est forcément un peu les deux à la fois. La France des lotissements, qui a caractérisé l’urbanisation des villes et des villages depuis les années 60, touche à ses limites, et il en va de même pour les zones artisanales et économiques, adossées à chacune des communes de nos territoires. On doit changer de modèle pour des raisons évidentes, mais la machine qui était lancée à plein régime a forcément du mal à s’adapter à ces nouvelles contraintes.

Aujourd’hui, le choc psychologique du zéro artificialisation est malgré tout en passe de s’imposer dans les esprits, ce qui se traduit déjà dans l’approche des nouveaux documents d’urbanisme.

Quel est son impact sur vos décisions en matière de construction de logements, d’accueil des entreprises….?

Pour les logements, on va assister à une reconcentration de la construction. Dans l’Ain, où le Département porte la délégation des aides à la pierre, la reconquête des centres-bourgs et plus largement la rénovation urbaine vont capter une part de plus en plus forte de la construction nouvelle. Pour l’accueil des entreprises, les hectares disponibles vont s’amenuiser, mais je dirais que pour la partie économique, on en est encore au stade de la réflexion et de la prise de conscience.

Rencontrez-vous des points de blocages dans son application ? Qu’est ce qui pourrait vous aider à les lever ?

Comme souvent, les freins sont très vite financiers. Quand il faut déconstruire avant de lancer une opération, un opérateur cherchera forcément à privilégier l’extension urbaine. La question est donc de savoir comment maîtriser et aussi partager les surcoûts. C’est là que nous avons besoin de nouveaux outils pour le portage du foncier, de nouvelles formes juridiques pour réaliser les opérations. Cela va donc imposer des choix politiques, qui vont au-delà de la maîtrise des documents d’urbanisme. Utiliser ce seul outil conduirait forcément à une forme d’impasse.

La crise de la Covid-19 conduira t-elle à votre avis à une accélération de l’artificialisation nette des sols ?

C’est très ambigu. Les élections municipales post-Covid ont montré des préoccupations fortes dans cette direction, mais dans le même temps, les secteurs péri-urbains, tout au moins ceux de l’Ain, font l’objet d’une pression extrêmement forte. Il y a d’un côté l’approche sociétale, soucieuse de la qualité de vie et de l’environnement et, de l’autre, les aspirations individuelles qui restent orientées vers la construction individuelle.

Il faudra donc veiller à ce que les économies réalisées en termes de consommation foncière sur les secteurs les plus denses, ne se traduisent pas par des reports sur les secteurs qui le sont moins. C’est un des enjeux qui positionne le Cerf comme un outil essentiel sur cette question clé de l’aménagement global de notre territoire.

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